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Développement des centres de données : comment lever les freins ?
Par La rédaction, publié le 04 avril 2025
Avec une croissance dopée à l’IA et une facture énergétique qui flambe, les datacenters sont à la croisée des chemins : produire plus, consommer moins, et coopérer mieux. Le futur du cloud se joue ici et maintenant.
De Antoine Gourévitch, Directeur associé senior, BCG
et Gildas Bouteiller, Directeur associé, BCG
Au cœur du réacteur de l’économie numérique, le développement des datacenters est un enjeu central. La multiplication de technologies gourmandes en puissance de calcul fait exploser la demande. L’investissement dans ces infrastructures devrait ainsi atteindre 1 800 Md$ entre 2024 et 2030.
C’est dans ce contexte que les Emirats arabes unis ont annoncé, à l’occasion du sommet mondial de l’intelligence artificielle (IA) organisé à Paris début février dernier, la construction d’un centre de données géant en France. Ce dernier, dont le coût est estimé entre 30 et 50 Md€, permettra de délivrer une capacité pouvant aller jusqu’à 1 GW. L’annonce de cet investissement émirati dans le cadre d’un événement dédié à l’IA est tout sauf un hasard du calendrier. En effet, le déploiement rapide de cette technologie contribue fortement à l’explosion du besoin. On estime ainsi que le segment de l’IA pèsera pour plus de 60 % de l’augmentation de la demande entre 2023 et 2028.
À ce moment charnière, cette industrie stratégique devrait s’organiser autour des hyperscalers aux capacités de stockage massives comme ceux d’Amazon, Meta, Microsoft et Google. Ceux-ci devraient absorber 60 % de la croissance du secteur entre 2023 et 2028. Dans le même temps, la part des entreprises opérant leurs propres centres de données devrait reculer de 10 à 5 %, traduisant la généralisation de stratégies de colocation et de cloud computing. Enfin, si les États-Unis concentrent environ 60 % des infrastructures mondiales des centres de données, l’ouverture de nouveaux marchés régionaux, notamment en Europe, se profile.
La croissance du marché du stockage de données est certaine et offre de réelles opportunités, mais il n’en demeure pas moins que cette industrie stratégique se heurte à des obstacles de plus en plus critiques. La saturation des systèmes électriques, les contraintes de sa chaîne d’approvisionnement, l’amplification des oppositions locales à ses implantations et les enjeux climatiques menacent la colonne vertébrale de la transformation digitale. Impossible d’ignorer ces enjeux au risque de casser la dynamique de l’innovation à un moment clé de son accélération. Alors, comment résoudre cette équation complexe ? La question s’impose aux opérateurs et à leur écosystème. Les actions garantissant la soutenabilité du modèle des centres de données doivent se penser à un niveau systémique en organisant une collaboration constructive entre les opérateurs et l’ensemble des parties prenantes – entreprises, pouvoirs publics, communautés et régulateurs. Pour construire les stratégies de demain, il faut comprendre les axes structurants du marché.
Au total, la puissance des centres de données devrait augmenter de 16 % par an entre 2023 et 2028 pour atteindre 127 GW, esquissant une courbe de croissance 33 % plus rapide qu’entre 2020 et 2023. La question de la réduction de la consommation énergétique des centres de données apparaît donc comme primordiale. Elle l’est d’abord parce que les investisseurs doivent s’assurer que l’offre des fournisseurs sera à la hauteur de leurs besoins exponentiels. De toute évidence, les activités digitales traditionnelles des entreprises continueront à porter l’essentiel de la demande jusqu’en 2028. Cependant, la trajectoire de l’IA générative en matière de consommation de puissance de calcul reste encore incertaine, rendant les projections délicates. À ce stade, même si l’arrivée du nouveau modèle DeepSeek n’impacte pas les prévisions actuelles, la prudence reste de mise.
La facture énergétique des centres de données est aussi cruciale sur le plan écologique, car les acteurs sont confrontés à un défi de taille : produire plus mais mieux. Un pari qu’Emmanuel Macron s’est enthousiasmé de relever grâce à l’abondante électricité nucléaire bas carbone produite par l’Hexagone lors du sommet pour l’action sur l’IA : « Here, there is no need to drill. It’s just “plug, baby, plug !” » (« Ici, il n’y a pas besoin de forer. C’est simplement “branche, bébé, branche »).
Pour répondre aux questions d’accès à l’énergie et aux enjeux climatiques dans les années à venir, il faudra cependant d’autres innovations telles que les solutions « derrière le compteur » (BTM), la géothermie pour le refroidissement des infrastructures ou encore les petits réacteurs nucléaires miniaturisés (SMR).
Il n’en demeure pas moins que tout ceci ne suffira pas forcément pour répondre dans la durée à la demande internationale. Les opérateurs devront aussi déployer des stratégies d’étroite collaboration et de planification avec tous leurs fournisseurs afin de sécuriser leur chaîne d’approvisionnement. Dans le même temps, il leur faudra s’investir au plus près des territoires pour soutenir le développement des énergies renouvelables ou la formation de talents et se tourner vers les instances de régulation pour lever les freins. En un mot, les centres de données ont aujourd’hui l’occasion de faire de leur crise de croissance une opportunité de développement pour demain.
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